dimanche 14 avril 2013

Eliott dans mes culottes




Y'a des jours où je me sens envahie. Mon fils, être d'émotions brutes, se prend pour un membre fantôme. MON membre fantôme... Ses mains dans mon eau de vaisselle, ses fesses assises sur moi pendant un film, ses doigts qui me "grafignent" quand je parle avec quelqu'un d'autre et ses yeux qui me regardent à chaque instant, l'air de me dire "anime-moi maman, j'attends après toi". J'ai même appris à aller à la toilette la porte ouverte parce que t'sais, entre ça où l'endurer "varger" avec ses pieds, je ne sais pas ce qui est pire sur la concentration. Je me surprends parfois à l'envoyer faire "une sieste" de 20 minutes, pour reprendre mon souffle ou me permettre de prendre une douche... ingrate, peut-être. Fatiguée, probablement.

Si Eliott aimait aller au parc, chez Ouistiti, jouer aux quilles, manger au restaurant, aller au cinéma, jouer avec des amis... mais non. Eliott crie et tolère peu les nouvelles activités de ce genre. Eliott aime être avec moi, dans sa maison-prison, à me regarder vivre ma vie. Je devrais quand même le pousser vers l'extérieur, l'amener d'avantage en visite, mais je manque de courage. J'assure pour le reste, mais cet aspect là m'épuise et m'angoisse... La crise du bacon en public chez un enfant  de 3 ans est parfois difficile à vivre pour le parent, et c'est loin de s'améliorer quand l'enfant en question est rendu à 7 ans et qu'en prime, il est différent des autres.

L'été dernier, j'ai abdiqué. Après des mois de cris et d'agressions, après des nuits d'insomnie et des cernes permanents sous mes yeux, après avoir réalisé que l'ensemble des personnes qui côtoyait mon Eliott était à bout de ressources, j'ai choisi de le médicamenter (non, il n'y a pas d'erreur... Le verbe médiquer n'existe pas!) Son pédiatre m'expliquait l'effet du médicament dans son cerveau: le spectre autistique devient moins envahissant, l'enfant tente d'entrer en contact avec les autres (pas toujours adéquatement), il vit au quotidien beaucoup moins d'anxiété, il réapprend à entendre les sons et comprend son environnement différemment .. c'est comme une deuxième naissance pour lui.



Eliott va beaucoup mieux que l'an passé. Il n'agresse plus les autres à part ses parents ou les gens près de lui pour leur signifier qu'il n'est pas d'accord (je vous rappelle qu'il ne parle pas). Il ne crie (hurle) pratiquement plus.  Il est très charmeur, me regarde dans les yeux, tente de trouver des façons de communiquer. Il m'épate et me rassure dans cette décision si difficile à prendre pour le parent qui ne veut pas droguer son enfant... il en a besoin, c'est évident. Je me souviendrai toujours de ces mots que le pédiatre m'a dits un jour de grand découragement: "Catherine, tu trouves ça difficile et tu n'es pas bien? Dis-toi que c'est pire pour ton fils. Hurler et agresser les autres sans être capable de se retenir n'a rien de plaisant pour lui. Aide-le à se gérer".

L'envers de la médaille, c'est cette surdose de... comment dire... de présence, de dépendance? Oui, j'aimerais qu'Eliott prenne des décisions ("je fais un casse-tête ou je dessine?) et qu'il marche vers l'autonomie. Mais ce n'est pas ça, pas encore... laissons lui le temps, il en a tellement besoin.

8 commentaires:

  1. J'entends vos souffrances, ça me touche beaucoup... Y'a rien d'autre à dire, il est chanceux d'avoir un maman qui a son bien-être pour priorité, peu importe les décisions que tu prends, je sais que tu les prends en te souciant de lui, c'est tout en ton honneur!! Je t'aime cousine!

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  2. Un des plus beau moment de ma carrière d'hygieniste dentaire de près de 25 ans, c'est Elliot qui me la fait vivre il y a quelques semaines. Après l'avoir tenu de force que pour regarder ses dents, sa douce main est venue caresser mon bras avec son regard charmeur ... Mission accomplie, il a fait non seulement ma journée mais probablement un de mes meilleurs souvenirs !!! Elliot est différent certe, mais il est vrai comme pas un ...

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  3. Tu m'as fait pleurer...
    Grosses bises xxx

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  4. Éliott je l'accueil comme il est, différent, nous avons la chance de pouvoir le cotoyer, de l'apprivoiser et je vous le dis c'est quelqu'un a connaître ! On l'aime lui et sa formidable maman.
    xxx

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  5. J'aimes tes écrit et j'entends tes cris du coeur

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  6. Les éducatrices tenaient à te rendre hommage.

    Chère Catherine

    Les gens qui n,ont pas le prévilège de connaître des enfants comme Élliot ne peuvent pas comprendre le courage que les parents de ces enfants ont. Mais ceux et celles qui les cotoye savent l'effort qu'il font pour aider leurs enfants. Quand l'ont voie Élliot marcher de plus en plus, chercher notre regard avec ses beaux grand yeux, les autres qui commence à parler ou tout simplement suivre une consigne sa nous émmerveillent. Ont peut tellement apprendre de ces petits( tes). Nous voulons que vous sachiez que nous les éducatrices qui avons l'honneur de prendre soin de vos amours sommes derrière vous, et nous vous épaulons.
    c'est avec plaisir que nous travaillons avec vos petits trésors.
    l'équipe du service de garde.

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  7. Merci, je prends cet hommage avec beaucoup d'amour et de respect envers toutes les éducatrices qui travaillent forts avec nos p'tits loups. Vous faites une grande différence dans leur vie et la nôtre! xx

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