mardi 20 août 2013

Lettre non anonyme à madame La Folle

Madame La Folle,

Oui, c'est à toi que je m'adresse. Toi qui as écrit récemment une lettre anonyme à une autre femme de ton quartier, grand-mère d'un enfant autiste. Dans ton torchon ta missive, en plus de "surutiliser" le point d'exclamation, tu exhortes la dite voisine à déménager ou plus simplement, à faire euthanasier son petit-fils parce que celui-ci effraie tes "enfants normaux"(!) et ta tranquillité de banlieusarde.

Juste ça. That's it.


Sur le coup, j'ai eu envie de t'envoyer chier. Crûment là, sans trop réfléchir et en te lançant au visage une tonne d'insultes bien senties. Aussi, j'ai eu le goût de te sacrer un coup de poing dans la face, et ce, d'une façon aucunement anonyme (parce que t'sais, en plus d'être complètement pathétique, tu es lâche, on va se l'dire!). C'est ce que l'on appelle la violence. J'ai ensuite réalisé que si je faisais ça, je me rabaissais à ton niveau, en réagissant à quelque chose qui m'irrite comme un animal le ferait: en grognant, tapant du pied, s'arrangeant pour que l'irritant disparaisse de sa vue de la façon la plus bestiale qui soit.

Alors j'ai décidé de te prendre en pitié et de t'expliquer la vie. Je ne me fais pas d'illusions, mais contrairement à toi qui semble détenir la vérité suprême sur ce qui est normal ou non en société, je suis quelqu'un qui se pose des questions devant l'inconnu, qui essaie de comprendre ce qui m'effraie. Tu m'effraies, je dois te l'avouer. Cette ignorance et ce mépris qui se dégagent de ta lettre me laisse ce drôle de goût dans la bouche, celui qui vient juste avant de vomir. Parce que ce qui se passe avec toi madame La Folle, c'est ça: tu chies dans tes culottes devant cet être différent qui fait des drôles de bruits avec sa bouche dans la cour voisine. Ça s'appelle l'inconnu... ou plutôt la peur de l'inconnu.

Il a 13 ans. Il a des parents et des grands-parents qui l'aiment. Il respire et semble heureux sur les photos que l'on nous présente. Il va à l'école. Il est en relation avec d'autres humains. Il a les yeux bruns et porte des vêtements. Mais toi, ce que tu vois, c'est cette ignoble différence, c'est ce langage qui n'est pas le même que le tien, ce sont ces bruits incontrôlables qui pour toi, est une pollution sonore. Le bout de ton nez, c'est à peu près tout ce que tu es capable de voir à l'horizon madame La Folle, et je trouve cela bien triste pour toi.

Je trouve cela triste parce que tu ne verras jamais ce sourire qu'il fait rarement mais toujours honnêtement. Tu ne verras jamais ce que cet être humain est capable d'amener de bon en toi. Tu ne ressentiras jamais tout cet amour de la différence. Tu ne seras jamais fière de faire partie de sa vie.

Je prendrais bien des heures pour t'expliquer que les personnes handicapées sont pleines de potentiel, que plusieurs travaillent et sont, selon leurs employeurs, les employés les plus appliqués qui soient. Je pourrais aussi te dire que certaines font des études supérieures, d'une façon différente évidemment, mais toujours soutenues par des enseignants curieux et désirant relever le défi. Je pourrais aussi te parler de  celles qui semblent te terroriser... Ces personnes qui sont , à tes yeux, "un boulet" pour la société et qui, puisqu'elles ne travailleront jamais, méritent de mourir selon toi. Mais celles-là, ce sont mes humains préférés et quelqu'un d'aussi éteinte que toi ne pourra possiblement jamais réaliser à quel point ces magnifiques personnes nous permettent d'avancer. Je pourrais te dire tout cela, mais je n'ai pas l'impression que ton cerveau serait en mesure de saisir tous les sous-entendus que mon message comporte.

Pour finir, lorsque tu dis que selon toi, il serait bon de "prendre toutes les parties non retardées sur l'enfant et de les donner à la science", je crois que tu as raison. Si ce jeune homme pouvait te donner son coeur, je crois que ce serait le plus beau cadeau qui soit. Tu donneras le tien en échange, c'est dans "ton chest" qu'il y a le plus de problèmes à résoudre...

D'une mère d'un enfant différent, citoyenne engagée, enseignante en adaptation scolaire et amoureuse des autres,
Catherine Perreault.


PS. Si jamais il te prend l'envie d'essayer de connaître d'avantage ces personnes différentes, je te dirige ici vers un billet que j'ai écrit à propos d'elles l'an passé... Essaye, ce n'est pas très douloureux:



Non anonymous letter to Mrs. La Folle

Dear Crazy Lady,

Yes, I'm writing to you. You, who recently wrote an anonymous letter to another woman in your neighbourhood, the grandmother of an autistic child. In your (piece of drivel) letter, in addition to a slight overuse of exclamation points, you urge your neighbour to move away - or better yet, to euthanize her son because he scares your "normal children" (!) and disturbs your suburban peacefulness.

That's all.


Believe me, at first I wanted to tell you to f*&k off. As simple as that. Just insult you in person, without putting too much thought into it. I also felt like punching you in the face, and not at all anonymously (because let's be honest, in addition to being completely pathetic, you're also a coward!). This is what's know as violence. But I realized that if I did that, I would only be sinking to your level by racing like an animal to something that is irritating me: by grumbling, stomping my feet, and trying to make the source of my annoyance disappear from view, even in the most barbaric way. 


Instead, I decided to take some pity on you and explain how life works. I'm under no illusions, but unlike yourself who apparently holds the ultimate truth about what is normal or not in society, I'm someone who asks questions about the unknown, and who tries to understand things that frighten me. And I must admit, you frighten me. Your letter, and the ignorance and contempt that emerge from it, leave a funny taste in my mouth - that one that you get just before throwing up. Because here is your problem, Crazy Lady: this "different" individual, the one who makes the strange noises with his mouth in the yard next door... he scares the shit out of you. This is called the unknown... or rather, the fear of the unknown.

He is 13 years old. He has parents and grandparents who love him. He is full of life and appears happy in the pictures that we've seen of him. He goes to school. He interacts with other human beings. He has brown eyes and wears clothes. But all you see is this disgraceful difference, this language that is different from yours, these uncontrollable sounds that are nothing but noise pollution as far as you're concerned. But you can't see much past the tip of your nose, Crazy Lady, and that makes me sad for you.

I'm sad for you that you'll never see how he smiles- yes rarely, but always honestly. That you'll never see how this young man can make you a better person. That you'll never love things that are different. That you'll never be proud to be part of this boy's life.

I could spend hours and hours explaining to you how people with disabilities have incredible potential. How many of these people work, and are often -by their employers' own accounts - the most dedicated employees. I could also tell you that some pursue higher education, in different ways of course, but always supported by motivated teachers who are up for the challenge. I could also of course talk to you about the people who seem to terrorize you... the ones who, according to you, are a "burden" on society because they are not able to work, and therefore deserve to die in your view. But these people - these are my favourite human beings, and someone as faded as you could never possibly realize how these magnificent individuals help us all to move forward. I could tell you all this, but I don't get the impression that your brain would be able to grasp all subtleties of my message.

One last thing. When you say you think it would be good to "take all the non-retarted parts of this child and donate them to science", I think you're right. If this young man could give you his heart, I think it would be the greatest gift you could ever receive. You could give yours away in exchange, as it seems to be in this area that you have the most serious unresolved issues...

From the mother of a special needs child, an engaged citizen, a special education teacher, and a people-lover...

Catherine Perreault

Traduit par Erik Lind







vendredi 9 août 2013

Lettre à mon fils pour son anniversaire




À l'aube de tes huit ans, tu ne cesses de me ramener en moi. Non pas À moi, par égocentrisme, mais bien EN moi, par découverte. Je me sens riche de tout ce ressenti, de ce trésor que tu m'offres parce que tu es comme tu es.

J'apprends.

À grands cris de "encore", "yogourt" et "de l'eau", tu communiques d'une façon toute particulière. Ces trois mots que tu connais et que tu maîtrises fièrement, tu les répètes à tout vent... Ces trois mots sont les plus doux que j'ai entendus depuis longtemps. En plus de te permettre d'aller vers l'autre, ils me prouvent que ton désir de communiquer est bien présent. Cette semaine, pour la première fois, tu es allé chercher tes souliers lorsque je te l'ai demandé. Tu m'as comprise. Nous avons parlé le même langage, toi et moi.

J'apprends à entrer en contact différemment.

Ces jours-ci, tu aimes me regarder danser. Je crois que mes pieds qui bougent et suivent le rythme te fascinent. À la télévision, les films comme "Flashdanse" te rendent heureux. Le nez collé sur l'écran, tu fais l'oiseau et ris aux éclats. Je m'arrête et t'observe, me souviens de toi à l'âge de deux ans alors que tu étais emprisonné dans un corps maladroit et douloureux. De te voir voler en sautillant aujourd'hui me rend si fière de toi.

J'apprends la persévérance.

Dernièrement, quelqu'un est entré dans ma vie. Dans notre maison. J'étais inquiète de tes réactions... Tu es, depuis cinq ans, "l'homme de ma vie" et c'est avec toi que j'écoute un film le samedi soir, collé l'un sur l'autre. Et toi, tout naturellement, tu as permis à Étienne de percer ta bulle, tu lui as fait une place dans nos vies et par le fait même, m'as fait réaliser que mes appréhensions sont en liens avec mes peurs à moi, et non les tiennes.

J'apprends le bonheur sans remords.

Tu sais mon lion d'amour, nos vies sont remplies de menus détails qui font d'elles des vies d'exception. Le bruit de tes petits pieds maladroits lorsque tu te lèves le matin, ta main qui dirige la mienne lorsque je te fais des chatouilles, ta joue que tu tends avec un sourire lorsque je t'embrasse, le bonheur qui déborde du bain à tous les soirs, tes yeux qui cachent un "je ne sais quoi" d'intriguant... Tout cela mon amour, c'est ce qui donne un sens à ma vie...

J'apprends le moment présent.

Cette lettre, même si tu ne la liras jamais, je te la donne pour souligner nos huit années de bonheur, d'apprentissage et d'amour.

Et même dans la tempête, je continuerai de danser pour toi mon lion..

Je t'aime tant

Bonne fête